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Le bruxisme et les émotions

Dans un contexte de bruxisme, nous examinerons les mécanismes sous-jacents par lesquels les émotions, notamment le stress, l’anxiété chronique, ainsi que les états émotionnels prolongés, peuvent induire un mouvement « involontaire” des muscles de la mâchoire.
Les émotions, qu’elles soient aiguës comme le stress ponctuel ou l’anxiété immédiate, ou chroniques, semblent jouer un rôle différencié dans le bruxisme d’éveil et du sommeil. Le bruxisme d’éveil semble principalement lié à des émotions immédiates telles que la frustration, la colère et la peur, tandis que le bruxisme du sommeil est davantage associé au stress chronique et à l’anxiété prolongée, bien que les distinctions ne soient pas absolues.

Circuits neurologiques et neurotransmetteurs

Au sein de ces phénomènes complexes, les neurotransmetteurs émergent comme des acteurs clés. Les interactions entre le cortex préfrontal, l’amygdale, l’hippocampe, l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), le système nerveux autonome (SNA) et le système nerveux périphérique, tous mobilisés dans la réponse émotionnelle, jouent un rôle crucial dans la manifestation du bruxisme.

Symbolique et dimension psycho-affective

Sur le plan symbolique, la mâchoire revêt une importance particulière.

L’expression « Serre les dents » révèle une invitation à une résistance silencieuse, à endurer une situation ou une personne sans exprimer d’émotion telle que la peur, la colère, l’anxiété ou la frustration. Cette injonction s’accompagne d’une notion de lutte et de douleur, symbolisant une réponse refoulée, des paroles réprimées et des émotions contenues.

La sphère orale détient une symbolique psycho-émotionnelle significative, illustrée par des expressions telles que « Remâcher, ruminer les problèmes », « s’en mordre les doigts », « dévorer quelqu’un des yeux », et « être sur les dents ».

La mâchoire joue un rôle crucial dans la communication, tant verbale que non verbale. Elle accompagne le sourire, l’étonnement, et d’autres expressions. Lorsqu’elle se bloque, se crispe, ou se fige, une perturbation émotionnelle peut être présente.

Les dents, en permettant de « croquer la vie à pleines dents », peuvent être le reflet d’une détermination, mais aussi être liées à la rancœur et à l’agressivité. Des expressions telles que « Il serre les dents, c’est une façon de mordre qui ne fait de tort à personne » de Jacques Ferron, ou « Quand on a une dent contre quelqu’un, il est inutile de mâcher ses mots » de Pierre Perret, soulignent le lien entre les dents, les émotions et les interactions humaines.

En somme, la sphère orale représente une voie d’échange entre notre monde intérieur et la vie extérieure, où chaque expression, chaque mouvement de la mâchoire et chaque serrage de dents portent des significations émotionnelles subtiles.

Les émotions

Les émotions, déclenchées par des stimuli externes ou internes, impliquent des structures du cerveau, dont le thalamus, l’amygdale, l’hippocampe, et le cortex préfrontal. Les neurotransmetteurs agissent via le système limbique, l’axe HHS, le SNA, et le système nerveux périphérique (déjà cité au dessus) pour orchestrer les réponses émotionnelles.

La réponse émotionnelle engage plusieurs composantes du système nerveux, comprenant le système nerveux central (SNC), le système limbique avec une régulation prédominante au niveau de l’hippocampe et du cortex préfrontal, l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), ainsi que le système nerveux autonome (SNA) et le système nerveux périphérique. Le système limbique, pivot dans la gestion des émotions, de la mémoire, de l’apprentissage et du comportement, occupe une position centrale dans cette orchestration complexe.

Dans le schéma qui suit, sont méticuleusement détaillées les émotions fondamentales, offrant une vue d’ensemble des sphères cérébrales impliquées et des circuits de neurotransmetteurs.

Illustration A : Les circuits neurologiques et neurotransmetteurs
Source : Poisson, Benoît. « Perspective biopsychologique systémique des émotions de base. » Santé mentale au Québec, volume 40, numéro 3, automne 2015, p. 223–244. https://doi.org/10.7202/1034920ar

Certaines émotions, particulièrement la frustration, la colère, et la peur, sont spécifiquement liées au bruxisme d’éveil. L’amygdale, au sein du système limbique, assume un rôle central dans la réponse émotionnelle.

L’efficacité de cette dynamique repose sur la capacité du cortex préfrontal et de l’hippocampe à assumer adéquatement leur rôle de rationalisation et de contextualisation face à l’amygdale. En l’absence de cette régulation, les messages transmis à l’axe HHS et au tronc cérébral peuvent être disproportionnés, particulièrement chez les nourrissons ou les enfants dont le cerveau n’a pas encore atteint sa pleine maturité.

Illustration B : schéma du cerveau

L’amygdale est le centre de gestion des émotions et de l’anxiété, agissant par association. Son activation libère divers neurotransmetteurs, influençant la sécrétion de CRH. Même pendant le sommeil paradoxal, elle peut contribuer au bruxisme, soulignant la complexité des interactions neurologiques.

Son importance réside dans sa fonction essentielle de perception et de reconnaissance des émotions, que ce soit chez soi ou chez les autres. L’amygdale est responsable de l’activation de la réaction émotionnelle et ce souvent en échappant à notre conscience. Son mode de fonctionnement est basé sur l’association, combinant différents noyaux qui reçoivent des informations individuelles de l’hippocampe, de l’hypothalamus et du cortex frontal ce qui exerce une action modulatrice sur le ressenti émotionnel.

Lorsqu’elle est stimulée, l’amygdale libère des neurotransmetteurs tels que l’acétylcholine, la sérotonine et des catécholamines (dopamine, noradrénaline). Elle influe également sur la sécrétion de CRH (corticotropin releasing hormone). En outre, l’amygdale interagit directement avec des centres de commande moteur au niveau du tronc cérébral. Enfin, il est intéressant de noter que l’amygdale avec le tronc cérébral est particulièrement active pendant la phase de sommeil paradoxal et donc les rêves. Cependant, à ce stade du sommeil, même en présence d’épisodes de bruxisme, le corps est normalement dans un état de « paralysie ».

Illustration C : circuit de la peur

La peur

La peur, étroitement liée au bruxisme, mobilise l’énergie pour activer les défenses. Deux chemins cérébraux sont suivis, avec une implication de l’amygdale et une régulation par le cortex préfrontal et l’hippocampe. Les réponses émotionnelles, en particulier en cas de peur intense ou de traumatismes infantiles, peuvent générer une anxiété diffuse et un état d’alerte inconscient et constant.

La réaction initiée au niveau de l’amygdale entraîne, d’une part, l’activation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), induisant la libération d’adrénaline et de noradrénaline. Cette séquence est suivie d’une libération de cortisol visant à rétablir l’homéostasie.

Une autre réponse, de nature comportementale, intervient au niveau du tronc cérébral, apportant une réponse motrice. Cette réponse motrice est médiée de manière indirecte via le locus coeruleus et directe par la matière grise périaqueducale (PAG) et l’aire tegmentale ventrale (ATV).

Dans des situations de peur intense, de traumatismes, notamment lorsqu’ils surviennent pendant l’enfance (période où l’hippocampe est encore immature et incapable d’enregistrer le contexte de manière précise, privilégiant l’enregistrement essentiellement des « sensations » au niveau de l’amygdale), engendrent un état de peur diffuse, d’anxiété et un état d’alerte inconscient et constant.

Le refoulement émotionnel peut également, à terme, déclencher une réponse inappropriée. Notre système s’active sans que nous en soyons conscients. Ainsi, c’est un état émotionnel qui prend place et persiste dans le temps.

 

Colère et frustration

La colère, le stress et la peur empruntent des voies similaires dans le cerveau, avec une activation plus prononcée de l’hippocampe, le siège de la mémoire, lorsque la gestion de leur intensité échappe au cortex préfrontal, entraînant des réponses inadaptées. De même, la frustration stimule l’amygdale et peut générer de la colère, résultant de la non-satisfaction des besoins.

Ce processus altère le circuit du plaisir et de la récompense à long terme. En parallèle, le mécanisme de « prendre sur soi », lorsqu’il se répète, déforme la mémoire émotionnelle et active la voie inconsciente de la réaction, suractivant l’amygdale et conditionnant le cerveau à réagir de manière préétablie.

 

EN CONCLUSION :

Chaque émotion, bien que n’étant pas directement responsable du bruxisme, peut influencer les réponses somatiques. La compréhension des dérèglements émotionnels et de leurs impacts sur les circuits neurologiques est essentielle pour une évaluation approfondie du phénomène du bruxisme.

 

 

Source : mémoire « La naturopathie en accompagnement complémentaire du bruxisme » de Virginie Lepeer – Naturopathe

Commentaire (1)

  1. Répondre
    Lionel Tomasenski says:

    Article très intéressant ! L’hypnose peut aider a gérer ces émotions

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