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Le cadmium : un contaminant environnemental devenu un véritable enjeu de santé publique

Nous sommes aujourd’hui largement sensibilisés aux risques liés au mercure, au plomb ou à certains polluants organiques. Le cadmium mérite pourtant une attention particulière. Ce métal lourd est considéré comme un contaminant préoccupant de notre environnement et surtout de notre alimentation. Les données récentes montrent que l’exposition reste élevée et justifie des mesures visant à réduire la contamination à la source.

Le cadmium est naturellement présent dans la croûte terrestre. Les éruptions volcaniques, l’érosion des roches et la remise en suspension des poussières peuvent en libérer dans l’environnement. Mais les activités humaines ont considérablement modifié son cycle : métallurgie du zinc, du plomb et du cuivre, combustion d’énergies fossiles, incinération des déchets et certaines activités industrielles ont constitué des sources importantes d’émissions.

Le problème actuel est cependant agricole et alimentaire. Certains minerais phosphatés utilisés pour fabriquer les engrais contiennent naturellement du cadmium. Le métal peut alors être absorbé par les racines des végétaux et rejoindre la chaîne alimentaire.

Un rapport interministériel publié en 2026 confirme que, malgré la diminution considérable des retombées atmosphériques, l’exposition au cadmium reste préoccupante et que, chez les non-fumeurs, l’alimentation représente la principale source d’exposition.

Quels aliments nous exposent le plus ?

Il faut distinguer deux notions. Certains aliments présentent des concentrations élevées en cadmium : mollusques et crustacés, abats, algues, cacao et chocolat, certaines graines et certains produits céréaliers.

Mais les aliments contribuant le plus à l’exposition de la population ne sont pas nécessairement les plus contaminés. Parce qu’ils sont consommés quotidiennement et en quantités importantes, le pain et les produits céréaliers, les légumes ainsi que les pommes de terre et leurs dérivés constituent en France des contributeurs majeurs à l’apport alimentaire de cadmium.

Il ne s’agit donc pas de supprimer quelques aliments particuliers mais de réduire globalement la contamination de la chaîne alimentaire et de conserver une alimentation diversifiée.

Les enfants constituent une population particulièrement sensible en raison d’une consommation alimentaire plus importante rapportée à leur poids corporel. Les données utilisées par l’Anses indiquent que l’exposition alimentaire dépasse sa valeur toxicologique de référence chez environ 14 % des enfants de 3 à 17 ans et jusqu’à 36 % des enfants de moins de trois ans, contre environ 0,6 % des adultes.

Chez les fumeurs, l’exposition alimentaire s’ajoute à celle provenant du tabac. La plante de tabac accumule facilement le cadmium présent dans les sols et celui-ci est inhalé avec la fumée.

L’étude ESTEBAN a ainsi montré une imprégnation au cadmium supérieure de plus de 50 % chez les fumeurs adultes. Le tabagisme constitue donc l’un des principaux facteurs individuels sur lesquels il est possible d’agir.

Pourquoi le cadmium est-il particulièrement préoccupant ?

Après absorption, le cadmium s’accumule principalement dans le foie et surtout les reins. Son élimination est extrêmement lente : sa demi-vie biologique peut atteindre plusieurs décennies. Une exposition faible mais répétée peut donc conduire progressivement à une augmentation de la charge corporelle.

Le rein constitue l’un des principaux organes cibles. L’exposition chronique peut entraîner des lésions tubulaires et une altération progressive de la fonction rénale.

Le squelette est également concerné. Une exposition chronique est associée à une diminution de la densité minérale osseuse et à une augmentation du risque d’ostéoporose et de fractures. L’exemple historique extrême reste la maladie Itai-itai, observée au Japon.

Le cadmium est classé par le Centre international de recherche sur le cancer comme cancérogène pour l’être humain. Des recherches concernent également ses effets cardiovasculaires, reproductifs, neurotoxiques et ses interactions avec certains mécanismes endocriniens.

Une situation française qui inquiète les autorités sanitaires

L’un des résultats les plus marquants de l’étude ESTEBAN est l’augmentation de l’imprégnation au cadmium des adultes français par rapport à l’étude nationale réalisée en 2006-2007. Un peu moins de la moitié des adultes étudiés présentaient une cadmiurie supérieure à la valeur recommandée par l’Anses.

L’Anses retient une dose journalière tolérable de 0,35 µg/kg de poids corporel/jour

L’enjeu majeur des prochaines années concerne donc les engrais phosphatés. L’Anses recommande une teneur inférieure à 20 mg de cadmium/kg de P₂O₅ et un apport maximal de 2 g de cadmium par hectare et par an. Or la réglementation européenne fixe actuellement la limite des engrais phosphatés concernés à 60 mg/kg de P₂O₅.

La lutte contre le cadmium ne repose donc pas principalement sur des compléments alimentaires ou sur l’éviction de quelques aliments. Elle nécessite avant tout une action collective et durable : réduction du tabagisme, diversification alimentaire, contrôle des fertilisants, diminution des apports de cadmium dans les sols et surveillance régulière de la contamination des aliments et de l’imprégnation de la population.

Le cadmium illustre ainsi parfaitement le continuum sol → plante → alimentation → organisme humain. Sa très longue persistance biologique transforme une exposition quotidienne apparemment faible en un véritable enjeu de santé publique à long terme.

L’Anses confirme notamment les dépassements chez les enfants, les principaux aliments contributeurs et la nécessité d’agir à la source. L’étude ESTEBAN documente de son côté l’augmentation de l’imprégnation française et le rôle majeur du tabac.

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