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La médecine du XXIème siècle

Depuis le 18ème siècle (avènement de Claude Bernard), la science a envahi la médecine. Cela a permis d’importants succès thérapeutiques et le développement de nombreuses techniques de soins, d’où une hausse continue de l’espérance de vie ; mais on s’est rendu compte rapidement que la science butait sur de nombreux obstacles en médecine et que certaines guérisons ne s’expliquaient pas scientifiquement. Pourquoi ? Parce qu’en science, le doute est nécessaire, voire bénéfique ; il faut toujours remettre en question les résultats obtenus lors d’une expérience, alors qu’en médecine le doute n’est pas permis. Un médecin ne peut douter face à son patient ; il doit savoir. D’un autre côté, un médecin qui ne doute pas, qui ne se remet jamais en cause est un mauvais médecin. On se retrouve donc avec une dichotomie difficilement solvable

L’Evidence Based Medicine ou EBM, que l’on pourrait traduire par médecine fondée sur les preuves ou médecine fondée sur les données probantes a été inventée dans les années 1980 en Amérique du Nord pour répondre à des déviances de la médecine. Il fallait asseoir la crédibilité de la médecine qui voyait de plus en plus de charlatans développer des théories jugées peu scientifiques. Il fallait une médecine rationnelle. Mais que veut dire rationnelle ?  Etre rationnel, c’est arriver à mettre en œuvre ce qu’il faut pour ses fins.

Un groupe de chercheurs et médecins a donc mis au point l’EBM, qui s’axe autour de 3 cercles :

  • L’expérience clinique : c’est le retour d’expérience du praticien. C’est ce qui fait qu’un médecin qui exerce depuis des dizaines d’années sait quels sont les traitements qui fonctionnent et ceux qui ne fonctionnent pas car il a un retour de ces patients, c’est le terrain qui parle.
  • Les préférences du patient : c’est le choix exprimé par le patient de se faire traiter par telle ou telle médecine et d’accepter ou non tel traitement
  • Les données de la recherche : ce sont les retours d’expérimentation clinique ou d’essai thérapeutique pour valider l’efficacité d’un traitement

A partir des années 90 est apparu le managering entrepreneurial appliqué à la médecine : cela veut dire que l’on a appliqué aux hôpitaux les règles des grandes entreprises. Sont apparus les slogans comme « la santé n’a pas de prix mais elle a un coût ». Il fallait que les hôpitaux ne perdent plus d’argent et soient rentables.

Et c’est ainsi que progressivement, le trépied de l’EBM s’est effondré :

  • L’expérience clinique des praticiens a été mise de côté car il devenait trop compliqué pour les administratifs qui gérait la santé d’écouter les doléances de praticien de terrain. J’en veux pour preuve qu’aujourd’hui l’avis du clinicien a disparu des recommandations de la HAS !!
  • De même, la volonté du patient a été éclipsé car elle n’apportait pas suffisamment d’intérêt.

Il ne reste donc aujourd’hui que les essais des données thérapeutiques pour valider l’efficacité d’un traitement !

Notre trépied qui était le fondement de l’EBM ne repose plus que sur un seul pied… il n’est donc pas stable et encore moins viable !

Il faut donc repenser la médecine de demain sur d’autres bases. Comment accepter que l’on valide l’efficacité d’un nouveau traitement,  juste sur un essai randomisé, sans tenir compte du praticien et du patient ?

En Grande-Bretagne, le remboursement d’un nouveau traitement est décidé en fonction du coût pour une année de vie de qualité de gagné. Ne pas oublier le mot qualité dans cette phrase. En effet, lorsque l’on sort un nouvel anti-tumoral (comme c’est le cas très régulièrement avec les anticorps monoclonaux) qui fait gagner quelques mois d’espérance de vie dans des conditions parfois difficiles, il est quand même important de prendre en compte l’avis du patient pour savoir s’il accepte de se faire soigner avec ce nouveau traitement.

En conclusion, nous devons admettre que la science ne peut pas, à ce jour, tout expliquer en médecine car l’Homme est un tout complexe, physique, mental et énergétique.

La médecine doit se fonder sur les sciences mais pas sur le scientisme, qui fait de la science non seulement la seule source de vérité mais aussi la seule source de sens et de valeur. C’est une dérive du positivisme cher à Auguste Comte qui malheureusement est devenu une ligne de force de nos sociétés modernes.

Retrouvons une médecine humaine, faite par des humains ; acceptons de ne pas tout savoir ou de ne pas tout comprendre et surtout de ne pas tout guérir. C’est cette humilité qui permettra à la médecine de retrouver sa place dans notre société et d’accepter les médecines alternatives et complémentaires à ses côtés.

Dr Grégory HELFENBEIN

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